Mali: le «bien-être en itinérance» d’Alioune Ifra N’Diaye

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Pour engager le changement, le « Nyanajè Taama » (le « bien-être en itinérance ») d’Alioune Ifra N’Diaye s’adresse à la jeunesse malienne. Un programme d’éducation à la citoyenneté porté par des actions culturelles sur l’initiative d’un homme aux multiples talents qui œuvre pour bouger les lignes de son pays et préparer le Mali de demain. Entretien avec Alioune Ifra N’Diaye en préparation d’un spectacle intitulé « Hòròn », qu’il présentera le 14 septembre à l’Unesco, pour donner de la visibilité à son programme d’actions sur 35 villes du Mali.

Alioune Ifra N’Diaye : Le Mali est issu de plusieurs siècles de déconstruction. Ses peuples, depuis l’indépendance en 1960, ont l’immense tâche de réinventer une société harmonieuse sur un territoire tracé selon des intérêts qui lui sont extérieurs. Je suis de ces peuples. Notre réflexe a été avant tout de prouver que nous sommes issus d’histoires prestigieuses. L’essentiel de notre énergie y a été consacré depuis les indépendances. Et sans nous en rendre compte, nous avons construit une société qui définit essentiellement son présent par le passé et non le futur à construire. En plus de cette difficulté à construire un univers symbolique commun en lien avec les réalités du monde d’aujourd’hui, nous n’avons pas su réinventer une solidarité moderne et une administration publique acceptée comme représentant de l’intérêt général. Aujourd’hui, la question nous est posée de manière violente avec la crise multiforme que nous subissons depuis 2014 et notre rapport avec le « Nouveau Monde » post-capitaliste en construction avec comme enjeux le numérique, les énergies renouvelables, la sauvegarde de l’environnement, la nanotechnologie et la culture. Même les pays les mieux préparés ont des difficultés à faire corps avec cette révolution. Avec la crise commencée en 2013, en quelques années, nos légendes fondatrices traditionnelles ont brusquement cessé de nous mettre en mouvement et en confiance. Les réalités implacables du présent nous débordent aujourd’hui de tous les côtés, fournissant ainsi une autoroute à la montée en puissance d’organisations mafieuses à connotation militaire, syndicale, religieuse ou ethnique cherchant à se substituer à l’État.

Face à ce constat, comment enclencher le changement au Mali ?

Je considère cette situation du Mali comme une opportunité. Tout est à réinventer. Avec une population très jeune, constituée à 80% d’individus de 40 ans et moins, avec 50% de moins de 15 ans. Celle-ci est sans complexe et s’est construite un moteur culturel par les réseaux sociaux et les programmes télévisuels. Même si aujourd’hui elle s’exprime généralement par une contestation de toutes les autorités (familiale, scolaire, académique, administrative, religieuse, politique, professionnelle, etc.), par l’envie de s’expatrier ou par des formes maladroites de manifester son attachement à son pays, cette tranche d’âge est la clé d’une nouvelle dynamique d’un Mali post-crise et en phase avec l’évolution du monde. C’est pourquoi nous proposons un inédit programme d’éducation à la citoyenneté dénommé « Nyanajè Taama » (le « bien-être en itinérance »).

Les actions de « Nyanajè Taama » visent à « vendre » aux jeunes le Mali nouveau émergeant de la crise, d’opportunités, démocratique et décentralisé où ils sont désormais invités à participer activement, à la fois en tant que détenteurs de droits, mais aussi de responsabilités. C’est une configuration élargie aux formes nouvelles d’expressions juvéniles et de communication : télévision, événements, loisirs, voyages, compétitions, réseaux sociaux, diffusion artistique et culturelle, culture scientifique, écriture, animations citoyennes, etc.

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